Art Paris Art Fair – Part One

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Ce week-end se tenait les 20 ans de Art Paris Art Fair. Une artiste, Françoise, m’en parle vendredi. Ayant prêtée main forte et offert son regard d’experte à l’installation, je suis toute ouïe de ce qu’elle nous apporte : de la chair fraîche !

L’invitation est si tentante que je casse en deux mon week-end. Je range dans un meuble à tiroirs les proues, les sirènes de bord de mer du musée de la Marine et me fait belle pour un orange, un kaki et un beige qui feront honneur à l’Afrique. Je ne connais pas l’Afrique comme le chante Mathieu Chedid. Les pays sont complexes. L’histoire n’a rien de proche. Mon éducation m’interdit de faire tout rapprochement avec ce que je saurais. J’aime entrer dans l’arène perdue. Prise dans une toile d’araignée, je sais que tout est sous contrôle et commence à marcher sans rien demander. Je ne sais rien donc inutile de réfléchir. Des mois que je travaille sur un spectre de couleurs. Je place mon horizon, je dégrafe le haut puis le bas que je remonte. Mes mains font ce qu’elles veulent. Un jour elles vident l’arme, un jour elles le chargent. On me dit d’arrêter de réfléchir, de choisir. La montagne est si grande que le bout à bout paraît réducteur. Comme face à un mur je me dis : ce n’est pas la dernière peinture, ce n’est pas le dernier dessin. Le fil de ma vie ne se resserre plus. L’horizon retrouve sa liberté. Au-delà des hémisphères du cerveau, il y a les hémisphères Nord-Sud auxquels je fais face. Je peins comme écris Karen Blixen. Je n’ai pas de ferme en Afrique, je n’ai pas de cigogne sur le toit de ma maison, je n’ai pas le privilège d’éduquer une jeunesse qui va de l’avant avec ou contre leur volonté. Je peins la lumière du Nord. Je pense aux impressionnistes Danois. Sur mes travaux, de la profondeur claire à la sombre, des points de lumière naissent des impressionnistes italiens. Je suis normande, avec un sang belge et quelques gouttes du bassin méditerranéen. Pourquoi mentir ? Sur ma toile, c’est la même chose. Je parle du Nord avec une pointe sur la langue du Sud. Sur les stands, les étudiants en renforts et les galeristes me présentent leur poulain. Ce n’est pas la course. J’épouse cette lenteur africaine et ne cesse d’apprendre en marchant.

Le Sphinx de Delft

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La femme en bleu lisant une lettre, Johannes Vermeer

La femme en bleu lisant une lettre, Johannes Vermeer

Le géographe, Johannes Vermeer (1669)

Le géographe, Johannes Vermeer (1669)

En sortant de mon cours de dessin, je prends le bus direction le Louvre découvrir l’exposition consacrée à Vermeer dès son premier jour. Le créneau horaire choisi, je sors un instant penser à la fille à la perle. L’affiche de deux mètres était sur le mur de la salle à manger pendant des années. Je crois me souvenir avoir vu petite un Vermeer dans un des premiers musées que j’ai visité. Comme une légende urbaine, à chaque fois que l’on parle de Vermeer, immanquablement, quelqu’un vous raconte connaître un ami avoir pris l’avion pour voir un de ses tableaux. Voir un Johannes Vermeer est aller à Lourdes ou à la Mecque, on ne sait. Cela dérange de nous voir en file indienne attendre le moment où l’on pourra entrer. C’est vrai que nous sommes nombreux, que le silence dérange. Pour un peu notre simple présence casse toutes les critiques faites autour d’un peintre que l’on veut oublier comme une erreur que personne n’a voulu reconnaître en son temps.

La dentelière, Johannes Vermeer

La dentelière, Johannes Vermeer

Je refuse de voir autre chose en attendant. Comme ça, les choses sont claires. Une amie que je revois après deux ans d’absence s’étonne comme moi d’être au même instant dans le même train. Nous avons passées un an à faire les 400 coups dans les jardins à rêver de latin et de dessin botanique. Se retrouver nez à nez comme invitées chez le hollandais me laisse sans voix. Quand nous entrons, nous nous séparons pour appliquer le mot d’ordre des autres visiteurs : suivre le sens de la visite et laisser remonter les souvenirs de tout le monde. Un père dispute ses adolescentes de ne pas connaître la laitière Mais qu’est-ce qu’on vous apprend à l’école ? Une femme sort Peintre est un métier de pauvre. Deux autres soulignent le choix des couleurs Jaune citron, bleu lapis lazuli, gris perle, blanc, noir. On parle photo, dotes et beautés. Les visages délicats, les miroirs, les bijoux, les tissus. On est venu rêver, y croire. Entre les douze tableaux, d’autres peintres de genres complètent une ère de la peinture qui oscille entre la cour et les gentilshommes. Parmi eux, Gérard Dou, Jan Steen, Pieter de Hooch, Gabriel Metsu, poursuivent la réflexion du peintre du silence. Nous sommes à l’étroit mais tenons le coup. Nous voulons la paix et boire à la source d’une Hollande qui révolutionne le monde. Les femmes sont des châtelaines au front délicat, elles tiennent la maison et détiennent les clefs de toutes les portes. Face à la fenêtre ce qu’on appelé à tort le peintre de la lumière attend l’instant où le visage éclairé sera celui d’un vieux songe. On se répète et ne nous en lassons pas : que c’est beau.

Jeune femme à la balance Johannes Vermeer (1662)

Jeune femme à la balance Johannes Vermeer (1662)

Art collectors

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Dimanche dernier, au Jacquemart André, c’est dessin avec des amis qui adorent s’adonner au coup de crayon dans les musées parisiens. Nous sommes des habitués du Petit Palais mais ne boudons pas les autres sites qui nous font quitter terre pour quelques heures.

Le Jacquemart André se veut pour tout le monde mais est avant tout pour collectionneurs d’arts et d’antiquités italienne. Un morceau d’histoire en majuscule est exposé. Ce jour là, au même moment, une femme anime un atelier pour un groupe d’enfants. Comme ils sont intimidés, elle les amène à l’étage pour visiter avec détails les techniques des peintres aux commandes de l’église. Le Cardinal Richelieu en statue au pied de l’escalier gagne le silence de cette escapade. Plâtre sur bois adhéré à la colle de peau de lapin, les couleurs mélangées s’auto-illuminent par un effet crée grâce au support. Le vermillon apparaît comme sorti du tube après plusieurs siècles. Les procédés me renvoyant aux écrits de Xavier de Langlais me délassent le cerveau. Pendant que les enfants s’en retournent à leur chevalet, je m’occupe avec quelques poires bien mûres. La collection part du XIVe siècle jusqu’à la Renaissance et des tapisseries de Tiepolo ornent le salon de thé. C’est un lieu sacrilège pour ceux qui adorent les petites douceurs et les beautés miniatures de la sculpture florentine et vénitienne.

Nous avons adoré dessiner des sculptures pour travailler les volumes et les proportions. Plus audacieux sont ceux qui ont touché la copie d’un tableau pour travailler une oeuvre au corps. La femme de l’atelier m’apostrophe, elle veut savoir quel est mon musée préféré, quelle partie, pourquoi et d’où je suis. Vite vite, je réponds docile : Louvre, l’aile des statues de Pallas alias Athéna, c’est comme chez moi (!!), de Saint-Germain-en-Laye. Du tac au tac, elle me dit d’aller au musée d’archéologie de Saint-Germain-en-Laye, à l’école de Nancy et de ne pas dire trop fort que l’exposition sur Rembrandt était décevante alors que le Louvre contre attaque cette semaine avec une salle revisitée sur les portraits de Rembrandt et fait fort avec pas moins de 12 tableaux de Vermeer pour notre printemps.

Je comprends qu’il existe aucune comparaison entre les deux mais cela méritait d’être soulevé pour s’entendre dire que tout est à revoir dès qu’il y a des enfants. On ne mélange plus les informations pour en surgonfler une, on en dit un max aux plus jeunes et on écoute un max les plus âgés quand ils ne sont pas trop verts sur les genres artistiques. Nous nous quittons heureuses des liens qui ne peuvent s’afficher entre les musées nationaux et les musées privés. Avec les amis, nous prenons le café pour récompense et, sur la table, regardons les trouvailles du jour. C’est dimanche, on se détend, tout est calme, luxe et volupté.

Le miroir dans l’âme

Les premiers miroirs furent certainement des étendues d’eau calme. Puis des pierres polies ont permis aux hommes de voir leur image. Le miroir qui révèle toute chose est le symbole des symboles par excellence. Narcisse, Le Caravage. Le miroir permet la prise de conscience du Moi. vers 1595 “À la Renaissance, les fabricants européens mirent au […]

via Le miroir dans l’art — Arts Plastiques